Paris-Moscou


J’ai eu la chance de participer à cette extraordinaire aventure qu’a été l’exposition Paris-Moscou (1979) avec l’équipe du Centre Pompidou animée à l’époque par le même enthousiasme qui nous a fait traiter par les fonctionnaires du ministère de la culture russe de « Romantiques de la révolution ». Pour ma génération de soixante-huitard, l’adéquation, bien qu’éphémère, de l’avant-garde russe et de la révolution exerçait une grande fascination, d’autant plus que planait sur cette période une ambiance de mystère et d’inconnu. La littérature était très maigre et les recherches étaient jalonnées de trouvailles excitantes d’œuvres et de textes. J’aimerais rappeler deux points à ce sujet. Cette exposition a été la première à faire sortir des réserves des
musées russes le Carré noir de Malévitch et maintes autres œuvres de l’avant-garde. Elle a été suivie par une pléthore d’autres expositions qui chaque fois s’arrogeaient ce mérite. L’exposition a été ensuite montrée à Moscou, au grand dam de nos détracteurs parisiens nous traitant de traîtres et de complices du goulag, alors qu’elle signalait les prémices de la Glasnost.
Mes nombreux voyages à Moscou et Leningrad m’ont permis de prendre connaissance des milieux intellectuels et artistiques russes. J’y ai découvert des artistes de talent avides d’information de l’étranger qu’il n’était pas question pour eux de prendre comme pain bénit. Le niveau de discussion au sein du groupe Kabakov, Boulatov, Tchouikov, etc. était extrêmement élaboré. Grâce à la solidarité qui les liait, ils élaboraient toutes sortes de stratégies pour échapper à la censure et aux tracasseries du pouvoir. Lorsque j’ai fait la première exposition de Kabakov à l’Ouest à Berne en 1985 une partie des œuvres a été réalisée sur place selon ses instructions, déjouant ainsi la censure et les interdictions dans la meilleure tradition conceptuelle.


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