Carlo Severi Mdlt


J'ai vu dans Magicien de la Terre un dépassement des frontières de l'art contemporain, mais aussi une occasion pour repenser l'ethnologie des objets. Anthropologue, j'ai été moins sensible aux débats, souvent rudimentaires, engagés sur les "aspects anthropologiques" de cette exposition qu'au simple fait de voir ensemble un nombre élevé d'oeuvres inattendues. L'exposition a été à mes yeux un grand chantier offrant à chaque pas des questions à poser, des tensions ou des témoignages de conflit dont il fallait déchiffrer la portée. Avec Jean-Hubert Martin, on s'était rencontrés par hasard dans un séminaire où j'essayais ( sans succès!) de convaincre mes collègues que la recherche des artistes ne vise aucune distinction (au sens sociologique du terme) , ni aucune sorte de " beauté ". Dans sa recherche de l'intensité - disais-je- l'art développe une pensée visuelle , qui peut affecter tous les champs du réel- y compris l'objet de l'anthropologie sociale. Quelques mois plus tard, lorsque Magiciens de la Terre ouvrait ses portes, j'en avais la preuve.

Carlo Severi