Aline Luque


J’ai eu la chance de collaborer dès le départ du projet avec Jean-Hubert Martin. Nous avons élaboré une méthode, avons réuni des informations à partir de recherches bibliographiques, de conversations avec des anthropologues, artistes etc. pour localiser et identifier des communautés, des individus en raison de leur particulière qualité créative, ceci sur les cinq continents.

Le premier voyage de prospection décidé par l’équipe a été le Brésil, où je me suis rendue en mai 1986. Pour ma part, j’ai parcouru presque toute l’Amérique latine, les Caraïbes, mais aussi l’Alaska et l’Irak. Ceci dans un large éventail de contextes, à la recherche d’artistes toutes catégories confondues, (artistes urbains, issus de culture dite savante, comme d’individus issus de culture dite populaire et traditionnelle, vivant parfois dans les secteurs les plus reculés).

Que ce fut en quête de masques inuit dans des îles d’Alaska, dans des temples vodou en Haïti, à Cuba ou au Brésil, ou bien face à des objets des indiens d’Amazonie ou chez les Cunas de Panama, aussi bien qu’avec les calligraphies irakiennes, je me trouvais confrontée à des terrains (cultures) inconnus. Devant des œuvres complexes, fortement étrangères à nos catégories occidentales, à la fois avec beaucoup de curiosité et de déroutement, l’appréhension sensible, l’intuition artistique l’emportaient sur les connaissances.

A notre retour, il fallait faire partager à notre équipe nos découvertes, notre jugement, nos convictions au cours de débats passionnés, excitants et souvent très vifs.

Enfin, pour la scénographie dans les deux lieux, vint le moment enthousiasmant d’élaborer un parcours parmi les œuvres des 100 artistes invités. Ces parcours ont été conçus, selon des relations de sens et non des rapprochements formels ou géographiques, et en établissant des situations de dialogue entre les artistes des centres occidentaux et ceux des « marges » géopolitiques, et diverses attitudes de création.

Lors de l’installation de l’exposition, il y eut des moments inoubliables, des échanges. Ce fut des rencontres humaines exceptionnelles, des chocs visuels qui ont suscité chez moi des réflexions d’une richesse incomparable.

Aline Luque